16/12/2012
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Alors je plie la deuxième. Je me sers un verre d'Alma Mora entamé l'autre jour. Je bouffe trois toasts avec la pâte à tartiner aux noisettes de Denner. Je vais dans ma chambre, je prends le fusil, le magasin 20 coups, ma seule cartouche de 5,56. Comme un petit rituel abruti. J'introduis la balle dans la rainure du magasin en plastique translucide, j'introduis le magasin dans l'encoche prévue à cet effet, mouvement de charge. A ce stade, il suffirait de deux opérations pour me donner, enfin, la mort, le soulagement, la délivrance, tout ce blabla. Dans le vide, je désassure l'arme. Je ne vise rien en particulier. Je réassure. Manipulation de déchargement. Plus le temps passe, plus je le fais. Je me rappelle le cours de répétition de cette année, au kd-box l'avant-dernier jour, sans le vouloir ; « Si vous avez sur vous de la munition ou des parties de munitions, c'est le dernier moment pour les rendre. Après, vous serez punissables selon la loi militaire. » Blablabla. Personne ne bouge, comme toujours. Retour à la caserne de Grolley. Un donut au chocolat. Je monte en chambre. Je veux jeter mes mégots du matin, que je mets toujours dans la poche munition du harnais de combat. Ma main rencontre le métal de la cartouche. Je réalise. Je la cache dans un paquet de cigarettes à demi vide. De retour chez mes vieux, je la mets dans mon sac de l'armée, à la cave. De peur, de peur, de peur, qu'une fois, une seule fois, une seule fois suffirait. Nous sommes au mois de mai. Juin, juillet, août, mon frère divorce, je n'y pense pas. Septembre, je déménage, le sac finit dans le placard de droite de ma chambre à coucher. Quelques semaines passent. Je tombe amoureux. Je sors avec L. Je règle le tout, pour ma conscience, pour laisser champ libre. Je plonge dans une des périodes qui sans doute restera la pire de mon alcoolisme, la plus terrible depuis 2010 et la fin de mon école de recrue, justement. Il me faut peu de jours pour commencer à faire mumuse avec le petit bout de métal. La vie tourne en rond. Tout semble vain. Tout est inutile, absurde. Imbécile, je m'en remets à. Mais comme chaque fois, je range le tout. Fidèle à ma paresse. Triste. Convaincu. Vaincu, vraiment.
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