16/12/2012

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Plus j'y pensais, plus il suffisait de laisser le tout aller. Je ne pouvais rien y faire. Ca m'emmerdait vaguement d'être laissé sur la touche, d'encore chauffer le banc. Mais j'avais l'habitude. Je connaissais bien le creux de ces mois, la dernière fois c'était trois, j'étais à cinq semaines, le bilan de 2012 semblable à celui de 2011 ; rien de bien terrible finalement. Je n'arrivais pas à mettre la main sur ce qu'il me manquait pour passer ce cap enfin. Je faisais semblant, je savais. Une fois de plus, j'ai décidé d'être un enculé, un vrai, qui se respecte. Une fois de plus, je me suis rendu compte que ce n'était pas moi. Mais je savais qu'il me faudrait y venir. Si je l'avais été... mais ça m'attristait. Et pourtant, comment cela aurait simple, et plus facile, et combien j'y aurais gagné. C'était ça la vie, je me suis dit. Tu peux avoir tes principes, tes belles morales, tout ce que tu veux. A un moment, devenir un salaud est la solution. Ils me le prouvaient tous jours après jours. Mes amis étaient des salauds. Et regarde, regarde bien, et apprends, apprends. C'est le claquement de doigts, c'est l'anti-souffrance, c'est la réussite. Un peu de mépris, de la distance, s'en foutre, en niquer une autre en attendant, le faire savoir subtilement, réactiver. C'était un grand jeu et ça me faisait gerber. Qu'avais-je à être vieux jeu comme cela, à valoriser les sentiments, à vouloir ne pas faire de mal ? Tous ces soirs j'aurais dû égarer L., la ramener, la sauter, lui faire le numéro du « je suis perdu » ; entre temps, cela m'aurait permis de faire l'autre numéro, celui de « je t'aime bien mais j'ai à faire » avec l'autre ; cela m'aurait permis de n'être pas un crevard en manque avec les autres victimes potentielles. Je m'y serais retrouvé. Mais je suis trop conscient. Trop gentil. Je voudrais dire « tout ceci est fini » et je ne le peux. Et cela me rend triste. Les enculés enculent. Et réussissent. Un jour, je cesserai d'en être point. Mentalement, je me refaisais un motto : « ne sois jamais honnête ; ne dis jamais ce que tu penses ; joue toujours sur plusieurs tableaux ; sans être explicite, fais-le toujours savoir sans qu'elles puissent en être sûres ; ne t'attache pas, elles sont toutes remplaçables ; ne les fais pas jouir deux fois de suite ; mais la première fois assure, ainsi elles reviendront ; ne t’arrête pas aux râteaux, la dixième sera la bonne ; si une occasion se présente, cocufie-la ; reste en mouvement. »

 

Je suis allé aux chiottes, j'ai mis le doigt. Rien ne venait. J'ai repensé à la soirée à Zurich, en 2010, encore avec mon ex, lorsque je ne me souvenais pas avoir vomi et que j'ai appris ensuite qu'elle m'avait porté aux toilettes. J'ai repensé à Berlin 2010, lorsque cette pianiste plutôt choue qui venait de Pampeluna buvait mes statistiques militaires devant The Hurt Locker et que j'avais dix jours pour lui faire l'amour mais que je suis resté fidèle pour rien. J'ai repensé à cette fille du lycée. J'ai remis Sorrow de Pink Floyd. J'ai repensé aux jeux sm avec Linda. J'ai repensé à plein de trucs. La vie était une grosse masse semblable à mon bide grossi par les bières et rien de bien n'allait en venir. Je me suis dit qu'il me fallait dormir. Je me suis versé le dernier verre d'Alma Mora. J'étais mal, au plus bas. Je pouvais creuser encore. J'ai pensé à Pavina qui voulait que je l'aide au magasin. Je me suis dit que ça ne serait peut-être pas si mal, l'aider un peu, me faire payer, la retourner ensuite ; elle me dirait merci sur toute la ligne et mes couilles cesseraient d'être douloureusement pleines. J'ai hésité à me branler une fois encore. J'avais la flemme. Je me suis dit qu'écrire tout ceci était obscène. Je me suis dit que je m'en foutais. Radicalement.

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